lazro - mc phee 5tet cd recto




The Bridge : une idée brillante, généreuse, et une réalisation réussie. Elle consiste à créer des formations mixant artistes de France et des USA pour des séries de concerts des deux côtés de l’Atlantique, avec parfois (toujours ?) un album à la clef.
The Bridge, c’est bien sûr aussi le nom d’un album mémorable et re-fondateur de Sonny Rollins. D’où sûrement les remerciements qui lui sont adressés sur la pochette de l’album.

En fait, pour cet enregistrement, une troisième partie du globe est invitée, l’Afrique, avec ses sonorités, ses couleurs, ses rythmes, la danse, la transe ...

Ici, deux éminents vétérans des chemins de traverse du jazz, Joe McPhee (ts, pocket tp) et Daunik Lazro (bs, ts). Ils ont déjà joué et enregistré ensemble, il y a près de trente ans. Avec eux, deux figures des « sections rythmiques » US, Joshua Abrams (b, guembri) et Chad Taylor (dr, mbira), et un autre bassiste, français, de talent et sans complexe, projeté là dans la cour des très grands, Guillaume Séguron.

Un duo de contrebasses, âpre et puissant, comme prélude. Puis la batterie. Peut-être des claquements de becs. Les souffles viennent bien plus tard, avec d’abord le baryton avec des effluves du moyen orient puis des vibrations très profondes, éraillées, des couches de sons multiples pour faire chanter le métal, des accents bluesy en embuscade sur un champ de frappes sèches, chaotiques, enfiévrées, éruptives, puis c’est au tour de la trompette, avec ses éclats solaires, ses souffles, ses borborygmes, ses sifflements tourmentés.

La deuxième piste débute aussi par un duo de basses, bientôt accompagné du son du guembri, sorte de guitare rustique à deux cordes (plus ?), pour une danse douce mais irrépressible, puis un baryton âpre et languide, lyrique, avec des accents ayleriens. Après la trompette et ses fulgurences, un chant d’une folle intensité de Daunik Lazro en sons suraigus, en fouaillements graves, bientôt rejoint par Joe McPhee et la transe sur les peaux pour une séquence orgiaque.

Le guembri encore et la batterie, la basse en embuscade, en un trio fou. Un rythme irrépressible qui arrache des cris. C’est l’Afrique réelle ou fantasmé qui est appelée, et encore un très beau chant du baryton. Joe McPhee vient s’y mêler comme on embrasse un être cher. Il ne reste presqu’eux deux. On pense à ce duo mythique, Hector et Andromaque de Giorgio de Chirico. Avec des ponctuations aux percussions, des coups d’archets en boucle, des séquences entêtantes au guembri (au mbira ? Je ne sais plus) pour clôre cette pièce intense.

Puis les frappes sont lâchées, enivrantes et virtuoses. Et la trompette qui surgit. Et le ténor et les basses. Une pure merveille. Un de ces sommets que le jazz sait nous offrir. Claquements de bec, sifflements, borborygmes et infra chants pour finir et nous apaiser.

L’Afrique et le blues pour finir l’album en volutes lyriques, en chants amples à la sensibilité aiguisée. Le grand Albert encore en embuscade.

Une très belle musique, bouleversante. Un album intense aux riches couleurs. Une pure réussite.

A pride session
The Bridge Session 08

Daunik Lazro (ts, bas), Joe McPhee (ts, pocket tp), Joshua Abrams (b, guembri), Guillaume Séguron (b), Chad Taylor (dr, mbira)


Pour en savoir plus sur The Bridge : http://wordpress.acrossthebridges.org/fr/
"En organisant l'équivalent de 100 concerts et événements par an, grâce à 50 lieux partenaires des deux côtés de l'Atlantique, pour les 70 membres de son réseau, mais aussi pour près de 200 musiciens extérieurs au réseau, au fil des années, tout en développant un label et un large volet éducatif, The Bridge s'est positionné de l'avis de tous comme la principale structure travaillant à l'heure actuelle entre la France et les États-Unis dans le monde du jazz et des musiques improvisées"
(texte complet ici)
---
Retrouvez toutes les chroniques
CD etc.
---

 

lazro - mc phee 5tet cd verso