Origination Front

Takagi est une figure importante de la jeune scène du free des années 70 au Japon. Parmi ses différentes collaborations, il a réalisé des duos avec des drummers. On avait évoqué son superbe duo avec Masahiko Togashi, « Isolation ». Aujourd’hui, un album en duo du saxophoniste avec un autre batteur, Toshi Tsuchitori : "Origination"

C’est aussi un album de la sélection des meilleurs enregistrements des années 60 à 80 au Japon.

L’écoute du premier morceau, « Tao », peut dérouter. Des sons très tenus, parfois accompagnés de tintements de cloche ou d’autres chocs discrets. Une sorte de recueillement pour aiguiser notre écoute. Un peu plus de chocs, de résonances, de souffles, et ce qu’il faut bien appeler musique se met en place. Le souffle se fait note, une ébauche de mélodie. Des vagissements, des frappes éparses, des éclats de sax, des cloches, des vibrations, une amorce de ponctuations réciproques, des accompagnements qui s’affirment. Cette pièce, la plus longue (près de 16 mn), agit comme un exercice de purification, indispensable.

Après cela, « Lagrima » se présente comme une errance autour de quatre notes au sax et aux clochettes , avec une montée en puissance des tensions, des tourments, des phrases comme des coups de dague répétés, des éboulements rageurs, des claques, des mitrailles. Le tandem est éblouissant. Un solo de batterie avec des frappes puissantes mais comme en deçà des roulements puis le tenor revient. Un chant étranglé, des dérapages, des roulements. La musique s’apaise; elle retrouve ses quatre notes qui lui servent de thème, quelques clochettes qui en font écho et le public applaudit la fin de la pièce. C’est aussi celle de la face A du vinyle (26:30)

Avec « Little Boy », changement complet de registre . Torrent tumultueux de roulements et autres frappes, et discours au sax tourmenté, enroué, éraillé, tout de déchirures de l’âme. Une éruption dévastatrice. La batterie se tait un temps, laissant un sax à la voix aigrelette, puis sensuelle sur un rythme bop. Un écho à la batterie puis de nouveau les chemins les plus free, les plus intenses. Une vraie catharsis.

Le thème suivant, 石仏, commence comme un chant calme, traversé d’éclats, de vrilles, de cris étranglés. Un mélange étonnant de violence contenue/libérée, d’une sensibilité fascinante. Des respirations amples, comme pour rassembler l’énergie, la libérer. À la batterie, ces dynamiques  sont impressionnantes. Les déferlantes sont suivies de ressacs. Le thème, fragile, revient; quelques caresses aux mailloches et tout s’éteint. 

Evol est un chant profond à la clarinette basse, accompagné d’un murmure de  mélodica. Il nous régale de sonorités contrastées, sensuelles, pour enfin tirer le rideau et s’en aller.

On ne finit pas d’être surpris par l’exigence et l’expressivité de cette musique. On ne peut l’écouter sans y accorder toute son attention. Un grand bonheur d’écoute.

Cet album est disponible sur Discogs à des tarifs délirants (250€). Aussi, direction YouTube

Pour ceux qui souhaitent un son plus pur, hors ligne, il est proposé de visiter Inconstant Sol, là .

http://inconstantsol.blogspot.com/2013/05/toshi-tsuchitori-mototeru-takagi.html

Il y a en particulier un lien très utile posé par Onxidlib (dérouler la fenêtre vers le bas pour voir les liens)

1fichier.com: Cloud Storage

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