A2CBD462-963A-4F8A-BEF0-3874FF0CB188

Rick Countryman (as) est un personnage étonnant. Il a exercé plusieurs métiers. On lui a même proposé une carrière chez Microsoft mais il a choisi de quitter les USA pour un mode de vie qui lui convenait mieux aux Philippines. Loin des routes du jazz ? C’est notre éloignement de la scène asiatique, notre ignorance, qui pourraient nous le faire croire. En particulier, deux batteurs, et non des moindres, viennent assez souvent chez lui et enregistrent à ces occasions : le suisse Christian Bucher et la légende japonaise Sabu Toyozumi. Avec ce dernier il a publié plusieurs albums en trio (avec Simon Tan à la contrebasse). Il l'a retrouvé en 2020, juste avant la pandémie, encore en trio (https://www.citizenjazz.com/Sabu-Toyozumi-Yong-Yandsen-Rick-Countryman.html ) (sans Simon Tan) et en 4tet (avec Tan) en compagnie du très étonnant Yong Yandsen au sax (https://www.citizenjazz.com/Sabu-Toyozumi-Simon-Tan-Rick-Countryman-Yong-Yandsen.html )

Cette fois, ils ont choisi le duo sax-batterie. Une manière d’aller à l’essentiel.

Et sur la première piste, « Flying Raccoons », c’est le saxophoniste presque seul qui s’élance, le batteur posant ça et là quelques frappes, quelques ponctuations, quelques cliquetis de baguettes, du moins au début. Le son du sax est plus dur, plus âpre qu’à l’accoutumé,  plus éraillé, laissant apparaître les entrailles du son, plus puissant qu’à l’ordinaire, fortement lyrique aussi. Un changement de bec ? Une oreille neuve à l’écoute de cet album ? À vous de dire. Les ponctuations de la batterie deviennent questions-réponses, dialogues, puis enchevêtrements. Sabu Toyozumi nous rappelle qu’il est toujours un tout jeune homme d’à peine 78 ans, en pleine sève, mais qui n’hésite pas à l’occasion à citer quelques figures rythmiques de maîtres d’antan, ses pairs, avant de repartir vers de nouvelles terres.

Lorsqu’il décide de laisser la percussion, Sabu Toyozumi se saisit de son erhu, un instrument à cordes traditionnel, aux sonorités acides. Il propose alors des tresses mélodiques serrées à Rick Countryman qui entre bien volontiers dans son jeu. Mais Sabu ne sait rester sagement sur son instrument : il le percute, il le joue en pizz, il lui ouvre des espaces bruitistes, et finalement il mixe tout. De plus, il se sert de ses pieds pour la grosse caisse; il ne tient pas en place; il alterne ensuite erhu et batterie. Moments intenses de dialogues mélodiques, de proximité de timbres, de jeux entre ces deux amis là, dans la piste qui donne son nom à l’album, « I Am Village », et qui finit par quelques mots jetés dudit jeune homme.

Lorsque Sabu commence la dernière pièce, « A Child’s Play », Rick lui laisse toute la place. Et quand ce dernier se met à fait chanter son sax, la batterie ponctue, l’invitant à fouiller encore plus profondément son expressivité, ses sonorités, elle-même n’hésitant pas à évoquer au passage quelques roulements martiaux : Sabu ne se refuse rien. 

Cet album est une illustration de cette attention d’écoute très aiguisée entre ces deux là. Rick Countryman est parfaitement conscient du privilège qui est le sien de jouer avec ce grand maître des frappes, d’être choisi par cette légende vivante. Et Sabu Toyozumi y trouve son compte, bien évidement. Et je gage que vous aussi. 

Allons visiter ce raton laveur volant : 

—-

Retrouvez toutes les chroniques CD etc

—-