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On avait croisé la route de Pascal Brechet (g) et Thierry Waziniak (dm) dans l’excellent « Don’t Worry, Be Happy » (avec Isabelle Duthoit et Franz Hautzinger)

On les retrouve tous les deux en duo, un « duo libertaire », pour un « soupçon de Monk ». En fait tout un album dédié à des compositions de cette figure hors du commun. Ces deux arpenteurs de l’improvisation libre choisissent donc de réaliser un « album à thèmes », eux qui s’en passent sans problème. 

Le grand Thelonious a beaucoup composé. Un site dédié à Monk dénombre de l’ordre de 70 thèmes. Peut-être est-ce un recensement incomplet. En tout cas, nos deux amis se plongent dans ce répertoire, que chacun croit connaître mais dont l’ampleur nous échappe souvent.
Est-ce un « tribute to » ? Que nenni. 

Monk est ici comme un ami intime dont on salue la mémoire, avec émotion et reconnaissance, mais dont le travail sert de prétexte pour des bifurcations, des hors pistes, avec de temps à autres quelques balises, lesdits thèmes monkiens. 

C’est ce à quoi s’évertue la guitare, parfois aigrelette, qui nous propose cette belle errance sur des sentiers peu fréquentés. Une certaine douceur d’âme laissant au loin les incompréhensions que suscitait alors cette musique, une alchimie indécise, un penchant certain pour l’entre-deux, et pour le déséquilibre qu’affectionnait Monk.

La batterie laisse sur les microsillons des collectionneurs les pulsations du bop, et choisit les coups de pinceaux, les feulements métalliques, les brouillards de frottements, les roulements qui se jouent de la régularité. Elle souligne et amplifie cet ailleurs poétique, s’engageant souvent vers des espaces en friches. 

Ce mélange subtil d’étrangeté et de reconnaissance est patent dans le traitement de certains grands standards monkiens. 

Disons « Hackensack ». Il est ici présenté à la batterie en des roulements quasi erratiques, des éclats, des  déséquilibres, puis la guitare.  Oh, le thème est bien là, mais comme apprivoisé, loin du caractère abrupt et provocateur d’antan, un peu désarticulé, avec un mélange d’accents suaves et acides, puis presqu’oublié ... avant la reprise finale.

Des semis de mitrailles, de gravillons, des notes qui cherchent leur chemin, des résonances colorées de bribes de « Trinkle Tinkle ». Le thème n’est présenté qu’à mi parcours, puis il est comme distordu, son phrasé si spécifique servant de trame commune aux deux instruments.

Comme exemple de cette téléportation de Monk, un autre thème, «San Francisco Holyday», ici projeté hors de son orbite.


Monk est ainsi rendu à son originalité primordiale. Ce Duo Libertaire a su l’extraire de son ancrage historique (60-70 ans) pour nous le présenter avec les atours d’aujourd’hui, en pleine irrévérence. Libertaires !

 

PS : Autre album inspiré des grands maîtres d’antan : « Strell » (comme Strayhorn - Ellington)

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