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Il s'agit d'un enregistrement live à l'Institut du Monde Arabe, en 2014. Comme pour de précédents enregistrements (voir fin de l'article), deux groupes jouent ensemble : un groupe de musique traditionnelle marocaine, Hmadcha (une confrérie, ici représentée par 8 musiciens) et un autre de jazz, ARBF (11 musiciens), parmi lesquels Yoram Rosilio, grand organisateur de cette fête peu commune.

Ce projet part de l'intuition que jazz et musique Gnawa ont des origines anciennes communes. Et cette idée est illustrée par la parfaite imbrication de ces deux musiques lorsqu'elles sont composées et arrangées par Yoram Rosilio. Le groupe Hmadcha joue pleinement sa musique traditionnelle et ARBF nous offre un jazz lyrique, free et puissant, cela sans verser dans l'orientalisme. On y retrouve le "désordre organisé avec soin" cher à un glorieux prédécesseur, maître de la contrebasse, irascible et bouleversant, où chaque musicien se voit poussé à offrir le meilleur de lui-même.

Et ce mariage des deux univers musicaux à donné lieu à une fête, ce jour de 2014, gravée là pour notre plaisir, du moins si vous n'êtes pas rétifs à cette musique ancestrale d'Afrique.

Cinq pièces où chaque musique, lorsqu'elle n'occupe pas le devant de la scène, se tient prête à faire bifurquer progressivement l'ensemble soit vers des fantasias des sables du sud, soit vers les cris, les fureurs et les envoûtements du free.

Peut-être le sommet de cette fête pourrait être "Arbluzzfff"; un Arbf transpercé de lumière ?

Ça commence par une sorte de fantasia, puis des rythmes chaloupés aux percussions, typiques du Gnawa et on ne sourcille pas quand le thème jazz s'y inscrit avec naturel. Un superbe chant au sax, lyrique et free, puis à la trompette, toujours au milieu de cette musique Gnawa, de ses chants, de ses répons, de ses percussions. Puis la basse s'emballe, l'orchestre suit : on croit quitter le sud, il revient ! C'est dansant en diable. Ça jaillit de partout. On n'est pas loin de la transe, ici festive, joyeuse, fraternelle. J'imagine le public de l'Institut du Monde Arabe peinant à ne pas se dandiner, à ne pas se lever, les yeux humides de plaisir.

Et après ça, il faut que ça sorte : une "fantaziiya", venue du fond des âges, primale, authentique, enivrante, enchâssant un thème joué par l'ARBF, bien évidemment !

Là, les agents du service d'ordre ont dû être débordés.

arbf verso

Les musiciens : Yoram Rosilio (contrebasse, pianet, flute, t'bal, direction, arrangements) // Abdelkader "Ben Brik" Ed-Dibi (gheïta, karkabou, taarija), Abdelmalek Benhamou (gheita, ganga, karkabou, herrez), Jean-Michel Couchet (sax alto, soprano), Florent Dupuit (sax tenor, flute, piccolo), Benoit Guenoun (sax tenor, flutes), Maki Nakano (sax alto, ney), Jean-Brice Godet (clarinettes), Jérôme Fouquet (trompette), Nicolas Souchal (trompette), François Mellan (tuba), Jean-Philippe Saulou (effets), Simo Akharraz (chant lead, karkabou), Najem Belkedim (t'bal, karkabou, tara, chœur), Hassan Nadhamou (taarija, chœur), Rachid El Ayoubi (ganga, karkabou, derbouka, chœur), Abderrahmane Nemini (t'bal, karkabou, chœur), Salah Saya (tamtama, ganga, tara, chœur)

Précédentes chroniques :
Yoram Rosilio  "ArBf & HmAdCHA - Live 2013 - Dhöl Le Guedra"
ARBF & Hmadcha (Yoram Rosilio & Co)
Voir aussi la chronique d'un autre CD d'ARBF, "Ask the dust".

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